Ados et adultes: A quand la notion de respect mutuel ?

Publié: 6 septembre 2009 dans Bon à savoir, Citoyenneté, Communiqué
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Président de Wattrelos Demain

Président de Wattrelos Demain

Chaque jour, à la télévision ou dans la presse, on nous rebat les oreilles des bêtises faites par les jeunes. On appelle « jeunes » toutes les personnes, souvent adolescentes, que l’on catalogue et remise dans la case « imbécile ou délinquant » des colonnes de certaines presses. Cette expression est aussi dans la bouche de beaucoup de gens et j’avoue, moi-même, avoir un temps usé de cette expression avec facilité sans me rendre compte de l’impact que cela avait sur notre jeunesse. Sommes-nous, adultes, devenus amnésiques ? N’a-t-on pas, nous-mêmes, été jeunes ? Bien sûr que si. Rappelons-nous ces longues discussions, en soirée, entre copains. Souvenons-nous aussi de l’insolence qui fut la nôtre.

Qui n’a, en effet, jamais tenu tête à un adulte ou désobéit à un parent ? Serions-nous nombreux à être recensés comme ayant été un « parfait ado » ? Non, je crois définitivement que non.

Que ferions-nous si on nous empêchait d’entretenir des liens sociaux ? Cela provoquerait, à mon sens, une élévation brutale du nombre de dépressifs (déjà parmi les plus importants du monde) et de mangeurs de « pilules du bien-être » prescrites sur ordonnance.

Mon texte est construit de questions. Mais où veut-il donc en venir, vous demandez-vous peut-être ?

Eh bien, sans vouloir être moralisateur, je veux en venir à un constat simple : lesdits « jeunes » et les adultes, « les vieux » comme disent parfois les ados ne savent plus se parler ni même s’écouter. À qui la faute ? Quelles conséquences ? Comment « réparer » les rapports sociaux et d’abord la communication entre les générations ? Je vous propose, ici, d’entreprendre une démarche qui nous amènera incontestablement à poser les questions suivantes : comment réagissais-je à cet âge ou bien comment réagirai-je dans quelques années ?

L’exercice est gênant, je le reconnais. Il gêne d’autant plus que, si l’on est objectif, on s’apercevra finalement sans mal que nous ne sommes pas différents. Les jeunes sont comme nous avec leurs défauts et leurs qualités. Nous avons aussi les mêmes besoins : avoir une reconnaissance sociale, se sentir aimé et respecté. Aimé par ses proches et respecté par tous. N’est-ce pas là, simplement, une inspiration toute légitime ?

Notre rôle, à nous parents, est loin d’être facile c’est vrai, mais ne pensons pas qu’être un adolescent au début de ce XXIème siècle est une chose plus facile qu’auparavant. Pourtant on me dira que « le progrès est passé par là, la vie est moins dure qu’avant ». Je répondrais simplement que oui, la vie est différente mais que les temps sont eux aussi différents. Depuis 30 ans la situation sociale se détériore : le pouvoir de consommation diminue, la protection sociale semble moins forte, la capacité à s’assumer seul devient terriblement pénible pour toute une partie de notre population. Le chômage a une grande part de responsabilité dans cette perte de repères et d’autonomie que l’on observe autour de nous, chez nous-mêmes… Les « jeunes » d’aujourd’hui sont plus touchés par le « mal-être » que ceux d’hier. Faut-il, pour autant, leur jeter la pierre et les accuser de tous les maux aux seuls prétextes qu’ils se réunissent sur des places publiques ou devant chez l’un d’entre eux ou encore qu’ils ne disent pas systématiquement bonjour ? Si vous pensez un peu comme moi vous répondre non, bien sûr que non ! Les enfants ou jeunes adultes ont généralement un comportement tout ce qu’il y a de plus normal avec un habillement et un style de communication qui dérangent parfois mais qui sont, je le crois, la façon de nous dire « regardez-nous, on existe, comme vous ! » Et s’ils avaient raison ? Si nous, les 40-60 ans, ne savions pas être tolérants, indulgents, patients, proches de nos jeunes en les comprenant – et en sachant leur dire bonjour également – mais aussi en leur fixant les limites dont ils ont besoin ; ces mêmes limites qui nous étaient posées au temps où nos parents travaillaient davantage mais au temps où nos parents savaient nous parler et nous accorder un peu de leur temps, pourtant bien précieux, puisqu’il fallait accorder beaucoup plus de temps qu’aujourd’hui aux tâches ménagères, aux courses alimentaires, à la vie tout simplement… Nos parents n’ont-ils pas été nos modèles, nos références principales avec nos instituteurs et professeurs ? Bien sûr que oui, ils l’ont été.

Est-ce-à-dire qu’il faut tout laisser faire ? Ma réponse est évidemment non. Nos enfants n’ont pas le droit de tout faire. Il faut veiller à leur éducation, à leur comportement et à mille autres choses encore. Mais faut-il aussi les étouffer, les écraser sous le poids des interdictions, les humilier aussi ? Certainement pas. Rien ne serait pire que cela pour faire du jeune un enfant déboussolé ; un être fragile qui va se construire une carapace, se replier sur lui-même et couper court à toute discussion.

Ne coupons pas le contact ; ne faisons pas d’amalgame malheureux qui ferait qu’accroître ce mal qui nuit à tous.

Sachons être à l’écoute les uns des autres mais surtout apprenons à vivre ensemble, à se respecter, à avoir un esprit ouvert à la redécouverte de l’autre. Cet « autre » que nous sommes tous dans les yeux de celui qui nous regarde… Sachons, pour finir, faire la différence entre le jeune qui ressemble à celui que nous étions et le jeune qui passe son temps à nuire aux autres, à faire des bêtises ou à commettre des délits. Pour ces jeunes-là, que j’appelle volontiers délinquant, point de grande tolérance : la justice doit passer et pour cela elle a besoin de citoyens forts et dévoués comme nos agents de la force publique à qui, en écrivant ces mots, je rends un chaleureux hommage pour l’intervention, rapide et juste, qui fut la-leur lorsque mon fils puis moi nous sommes retrouvés face à des agresseurs qui, armés d’un couteau, pensaient pouvoir encore une fois imposer leur loi dans le quartier en terrorisant les jeunes et en commettant probablement de nombreux délits. Délits qui, eux, ont réellement nui aux habitants de notre belle ville… Au fait, où étaient, lors de l’agression, les citoyens qui se plaignent aujourd’hui des « jeunes » : A leur fenêtre ! Et qui a « sécurisé » la scène et participé à l’arrêt des violences ? Les jeunes eux-mêmes !

A bon entendeur,

Jean-François SOYEZ

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